Rencontre avec Loundraw, le réalisateur de Summer Ghost

Loundraw,illustrateur de talent, fait partie de la nouvelle scène de l’animation japonaise. Il est réalisateur de SUMMER GHOST, il explore avec sa première œuvre, , un sujet sensible qu’il traite avec une délicatesse remarquable. Dans le cadre de l’avant-première inédite qui s’est tenue le 18 mai au Grand Rex à Paris, nous avons eu la chance avec Otakonseil, d’échanger avec loundraw pour en savoir plus sur cet audacieux projet de 40 minutes, et première fiction de Flat Studio, qu’il a fondé.

trois personnages de Summer Ghost sont réunis en plan large avec un paysage nuageux en soirée

Avec SUMMER GHOST vous réalisez votre premier court-métrage, comment êtes-vous arrivé dans l’univers de l’animation ?

loundraw : Si aujourd’hui je suis devenu réalisateur dans l’animation japonaise, c’est vraiment par chance, car c’est mon rêve depuis des années. Ayant toujours travaillé dans l’illustration, je souhaitais développer mon œuvre en y ajoutant la notion du temps. C’est ainsi que j’ai réalisé il y a quelques années, ma première production qui se présente sous la forme d’une fausse bande-annonce.

Avec SUMMER GHOST, vous signez votre première réalisation cinéma, ainsi que la première fiction de Flat Studio. Quel a été le plus grand challenge pour vous durant cette première expérience ?

loundraw : Aujourd’hui, en tant que réalisateur de SUMMER GHOST, le plus grand challenge pour nous c’était de faire ce qu’on souhaitait dès le départ. Ça parait facile, mais c’est en réalité extrêmement difficile. Les gens ne comprenaient pas pourquoi je voulais traiter des sujets aussi difficiles dans mon premier film d’animation, ou encore pourquoi je voulais mettre sur pied mon propre studio (ndlr. Flat Studio). Malheureusement, beaucoup de studios avaient du mal à saisir nos intentions… et pour faire ce que nous souhaitons faire, nous étions obligés de créer notre propre système de fabrication en partant de zéro, en créant Flat Studio.

On retrouve dans SUMMER GHOST comme dans les productions de Flat Studio une véritable patte visuelle qu’on retrouve dans vos illustrations, notamment : l’importance des jeux de lumières, ou encore utilisation d’une palette de couleurs bien précise… à la manière de Kyoto Animation ou encore Shaft, pensez-vous que cela pourrait devenir la signature de Flat Studio ?

loundraw : En effet, mon envie est justement de créer un style visuel unique et reconnaissable. Lorsque le spectateur découvre nos images, je souhaite qu’il identifie tout de suite la signature visuelle de Flat Studio. Lorsque j’étais illustrateur je laissais toujours une partie des décors sans aucun détail ; cependant dans l’animation japonaise, nous sommes toujours dans cette envie commune de les détailler au maximum. Mais je pense que parfois on doit savoir laisser le blanc tel quel dans un décor pour permettre de diriger l’attention du spectateur, par exemple pour faire ressortir les émotions d’un personnage. C’est toujours très compliqué pour moi de faire comprendre aux animateurs cette envie de laisser du vide dans les décors. De la colorimétrie jusqu’au chara-design des personnages, je travaille énormément sur ces aspects visuels pour produire quelque chose d’unique et reconnaissable.

un personnage masculin de Summer Ghost tient un artifice dans ses mains
© SUMMER GHOST

Pourquoi avoir choisi le format court-métrage (40 minutes) pour SUMMER GHOST ? Était-ce un choix volontaire dès le début du projet ?

loundraw : Initialement, nous avions pensé SUMMER GHOST comme un long-métrage de 90 minutes. Malheureusement je n’étais pas capable de développer une histoire sur une durée aussi conséquente. Nous avons donc décidé d’en faire un court-métrage, et j’en suis très heureux, car c’est un format idéal pour y faire tenir le récit de SUMMER GHOST. Si nous aurions gardé le format long-métrage, cela nous aurait contraint de rentrer dans de nombreux détails pour étirer au maximum l’histoire. 40 minutes c’est certes court, mais cela nous permet d’exprimer les émotions de chaque personnages sans forcément les expliquer.

Quels projets envisagez-vous pour l’avenir ? Souhaitez-vous rester sur des projets originaux, ou seriez-vous ouverts à des projets d’adaptations ?

loundraw : Mon envie est très claire, je souhaite réaliser uniquement des long-métrages originaux. J’ai commencé en tant qu’illustrateur et je souhaite continuer à développer et raconter mon univers. Et seuls les projets originaux me permettent cette liberté créative que j’aimerais partager avec le public. Je sais que ça va être difficile, mais c’est ce que je souhaite et je ferai tout mon possible pour que cela continue.

Après s’être concentré sur SUMMER GHOST, nous nous sommes permis avec Otakonseil, de poser à loundraw, quelques questions sur son rôle de réalisateur et comment il perçoit ce métier clé dans la production d’une œuvre audiovisuelle et cinématographique.

Quels sont vos rôles en tant que réalisateur ?

loundraw : Le rôle du réalisateur peut être très différent selon le projet ou le réalisateur. Mais en quelques mots, il s’agit de la personne qui juge si le travail fait par son équipe est bon ou mauvais. Il existe des réalisateurs qui laissent leurs artistes décider de nombreux aspects importants de l’œuvre. Mais personnellement, je préfère décider d’un maximum de points possibles dans une œuvre. C’est justement ce que me permet mon équipe.

Quelles sont les qualités indispensables pour être réalisateur selon vous ?

loundraw : C’est une question assez difficile (rires). Mais je pense qu’une des qualités indispensables pour être réalisateur c’est de savoir garder son sang-froid, et il doit aussi savoir juger si le travail de son équipe est bon ou mauvais. En tant que responsable de l’œuvre, le réalisateur doit toujours savoir garder son sang-froid et rester calme peu importe les difficultés qu’il rencontre. Il doit aussi savoir faire des compromis pour que le film se fasse d’une manière ou d’une autre, même si la décision finale le contrarie. Je dirais donc qu’il faut savoir rester calme, garder son sang-froid et avant tout être en mesure d’écouter les autres.

Avez-vous des conseils à donner aux personnes qui souhaitent se lancer dans l’animation japonaise en tant que réalisateur ?

loundraw : Comme je le dis toujours à mon équipe, il faut toujours tout remettre en question. Par exemple, dans l’animation il y a certains codes et des techniques préétablis, mais je demande à mon équipe de tout remettre en question et de savoir casser ces codes et ne pas “faire parce qu’ils le font tous”. Il faut savoir développer ses propres idées et surtout rester fidèle à ses désirs. Pour moi ce n’est pas les compétences techniques qui comptent, mais la capacité à rester fidèle à soi même.

Gros plan sur le visage d'un personnage féminin de Summer Ghost
© SUMMER GHOST

SUMMER GHOST de loundraw a été diffusé le 18 mai 2022 au Grand Rex à Paris en présence du réalisateur dans le cadre du festival Ciné Matsuri de All The Anime. Le film sortira prochainement en blu-ray et DVD chez All The Anime.


Propos recueillis le 16 mai 2022 par Jonathan “Jojo Tout Cour” Guetta pour Konata Nekoyama / Studio JM Production et par Gaël “blackstar” Periac de Otakonseil. Remerciements à Aurélie Lebrun et Emmanuelle Verniquet de l’agence Games of Com, Timothy Killian de All The Anime (French Office) et Shoko Takahashi pour son travail d’interprète.

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