Ice Cream Man – Tome 2 : Une glace, parfum folie

Le marchand de glace est de retour…
Avec sa camionnette, il sillonne les rues et continue à semer l’effroi. Quel nouveau parfum vous ferait envie ? Fraise, folie, pistache, agonie ?
Voici contées de nouvelles tranches de vies où la souffrance rivalise avec la désolation. Mais un étrange protagoniste semble ne pas vouloir laisser le vendeur de crème glacée asseoir son règne de terreur… Le démon aurait-il une Némésis ?

“Same old story” ?

Retour sur une sortie de la fin d’année dernière avec Ice Cream Man tome 2 parut chez Huginn & Muninn. Le premier tome avait été une très belle surprise et lire celui-ci était tout aussi agréable. Nous retrouvons l’ambiance malsaine que l’on trouvait dans les 4 premiers épisodes. Et si la formule ne change pas, à savoir une anthologie horrifique aux histoires déconnectées, le plaisir reste intact. D’ailleurs, il est plaisant de voir le genre sous cette forme prendre un nouvel engouement avec Ice Cream Man mais aussi The Silver Coin, tous deux parus chez le même éditeur. C’est aussi le cas de la nouvelle mouture de Creepshow. Une série encore inédite en VF et publiée pour l’heure chez Image Comics via Skybound.

Toujours est-il que W. Maxwell Prince nous régale ici avec 4 nouvelles histoires aux saveurs bien distinctes mais avec le même relent horrifique quelque peu glauque. Il amène aussi un peu de profondeur avec un nouveau personnage récurrent. Nous n’avons encore que très peu d’informations, ou presque, sur le marchand de glace ou ce deuxième personnage. Nous savons juste qu’ils ne s’apprécient pas et qu’ils semblent se connaître depuis longtemps. Rien de plus. Mais ça n’en rend la lecture que plus alléchante.


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“King of the madness”

Ce second tome nous offre donc plusieurs décorums. Une grande ville et son building où les employés deviennent totalement fous. Sur cette première histoire, nous suivons le dernier client du marchand de glace et sa chute. Nous découvrons alors les gens qui travaillent dans le même immeuble que lui et alors l’horreur se déplace. Non, sa chute n’est pas le pire de l’histoire. L’inhumanité des employés de ce building est bien plus glaçante. Et, alors que la folie frappe tout l’immeuble, on finit par se dire que la mort imminente de ce personnage est au final un salut après une carrière passée dans ces bureaux.

Mais, si cette histoire parait originale, ce n’est rien en comparaison de la suivante. Un épisode muet ou un client prend un cornet trois parfums… et nous entraîne dans une histoire triple avec trois réalités distinctes et comment ses choix mèneront à différents types d’effroi. Si l’histoire en elle même n’est pas forcément la plus originale, la façon de la narrer, avec quasiment aucune ligne de texte, rend le tout très intéressant. Et si l’auteur nous livre des histoires très sympathique et fourmille d’idées, le dessinateur ainsi que le coloriste les accompagnant sur ce titre font preuve d’encore plus d’inventivité.

Une critique légère, mais présente, de nos modes de vie

Si ce titre fonctionne, c’est aussi parce que sous ses airs d’horreur burlesque, il nous apporte une critique de notre société et de nos modes de vie occidentaux. Déshumanisation des employés de bureau d’un building de métropole, choix moraux discutables, éducation parentale ou encore l’attention que nous apportons à notre environnement proche. Voici les quatre thématiques abordées au travers des épisodes 5 à 8 composants ce tome. Et s’il n’y a pas une lecture forte et assassine de notre société, elle reste malgré tout en filigrane et donne du corps au récit. Il est d’ailleurs intéressant de voir que parfois les décisions les plus discutables mènent à une vie plus paisible.

Une série envoûtante parfaitement menée

C’est tout l’art de cette série. Elle puise clairement dans l’horreur grotesque de la période dorée des comics de la maison EC Comics des années 50 (dont Akileos nous ressort les intégrales depuis quelques temps). Et le concept est modernisé en transposant les histoires à notre époque. Elle use de nouveaux codes narratifs pour nous raconter les différentes histoires. Martin MORAZZO nous livre des planches à la fois épurées et pleines de détails dont les couleurs de Chris O’HALLORAN viennent sublimer le tout.

Un accueil public fort

L’histoire aux trois voies, avec les différents filtres, rappelant les trois parfums en sont le parfait exemple. Et si la série n’a été nommée sur aucun prix, elle garde un très bon accueil critique outre-atlantique. Comic Book Roundup, l’équivalent de Rotten Tomatoes pour les comics, lui a donné un score de 8,5/10 sur une moyenne de 150 critiques. Un score qui se comprend tant la série est à la fois rafraichissante, fun à lire et visuellement intéressante. Certaines planches n’étant pas sans rappeler certaines de Frank QUITELY.

La série en est actuellement à son 37e épisode aux USA. De quoi laisser de belles heures de lecture pour la publication française.

Avec ce deuxième tome d’Ice Cream Man, Huginn & Muninn continue d’explorer l’horreur telle que vue par W. Maxwell Prince et Martin Morazzo. Une horreur presque burlesque où le glauque graphique flirte plusieurs fois avec l’absurde tout en apportant une critique, légère, mais présente, sur les décors employés. Un comics intéressant donc, où l’équipe créative semble s’amuser à nous apporter avec parcimonie un peu de profondeur sur ses personnages tout en nous contant la façon dont ils voient l’horreur humaine.

TITRE ORIGINAL : Ice Cream Man
GENRE : Horreur
PAYS : USA
ÉDITEUR ORIGINAL : Image Comics
AUTEUR : W. Maxwell Prince
ILLUSTRATEUR : Martin Morazzo
COLORISTE : Chris O’Halloran
ÉDITEUR FRANÇAIS : Huginn & Muninn
Ice Cream Man © 2022 W. Maxwell Prince, Martin Morazzo & Chris O’Halloran

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