Rencontre avec Kōji Fukada à l’occasion de la sortie de Love on Trial

À l’occasion de la sortie française de son film, Love on Trial, nous avons eu la chance de rencontrer le réalisateur Kōji Fukada. Déjà connu en France pour ses précédents longs-métrages Love Life (2022) ou encore Suis-moi, je te fuis (2022), le cinéaste répond à nos questions autour de ce nouveau film centré sur le combat d’une idol pour sa vie « privée », pour ainsi retrouver son droit fondamental : celui d’aimer, dans une industrie du divertissement qui le lui interdit.


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Les thèmes abordés dans Love on Trial – notamment la place de la femme de la société japonaise – ne sont pas spécifiques au milieu du divertissement. Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir le monde des idols pour ce film ?

Le film naît vraiment d’une surprise. Au départ en 2015, j’ai eu vent, par le biais des médias, du scandale autour d’une jeune idol poursuivie par son agence parce qu’elle avait eu une relation amoureuse avec un homme. Or, son contrat stipulait noir sur blanc qu’elle était tenue à la clause de célibat. Lui interdisant, de facto, d’avoir la moindre relation amoureuse.

Étant japonais, j’ai toujours grandi dans cette culture, mais sans pour autant y porter un intérêt particulier. Je ne suis donc pas un spécialiste sur le sujet, mais je connaissais cette règle tacite qui interdisait toute forme de relation amoureuse pour les idols, mais sans pour autant savoir que c’était contractuellement possible de demander à quelqu’un de s’y tenir. Je ne savais pas non plus qu’il y avait des procès intentés à certaines artistes pour ces raisons-là. Ça m’a surpris et beaucoup interpellé.

Dans le milieu des idols, il existe cette image de la jeune femme très pure, presque virginale. Il existe bien sûr des idols masculins, mais l’industrie n’attend pas nécessairement d’eux qu’ils restent vierges, contrairement à leurs homologues féminins. On peut ainsi voir ça comme une sorte de discrimination, en faisant le lien avec la place de la femme dans la société, qui me semblait tout aussi intéressant à traiter. Ce fait réel a donc inspiré la base du scénario de Love on Trial.

Le rôle de Mai est ici interprété par Kyōko Saitō, une ex-idole du groupe Hinatazaka46. Sa vision et milieu et son expérience en tant qu’idole, ont-ils eu une influence sur le scénario et le récit ?

Comme mentionné plus tôt, l’idée a initialement germé dans ma tête en 2015. J’ai écrit le scénario tout seul pendant huit ans, dans un premier temps, avant même de rencontrer Kyōko Saitō, que j’ai rencontré environ six mois avant le tournage. Néanmoins, pendant les huit ans de développement scénaristique, j’ai pu rencontrer des personnalités du milieu des idols (producteurs, agents, ex-idols ou idols encore en activités…) Je me suis donc beaucoup documenté sur le sujet avant l’écriture du scénario.

Cela dit, le fait d’avoir rencontré Kyōko Saitō était déterminant pour le film. Étant donné qu’elle était idol pendant huit ans, elle nous a permis d’ajouter beaucoup de nuances et de détails. Peut-être pas vis-à-vis du scénario, mais plutôt lors du tournage où son aide nous a été très précieuse pour enrichir et préciser de nombreux éléments !

Love on Trial, un film de Kôji Fukada. ©2025 “Love On Trial” Film Partners
Love on Trial, un film de Kôji Fukada. ©2025 “Love On Trial” Film Partners

J’ai cependant apporté deux changements importants au scénario, lorsque j’ai su que ce serait Kyōko Saitō devant la caméra. Au départ, le personnage de Mai, n’était pas censé être l’idol numéro 1, au centre du groupe Happy Fanfare (vis-à-vis de la hiérarchie au sein des groupes d’idols). Je ne m’attendais pas à ce qu’on puisse caster une personne ayant la prestance d’incarner un personnage de cette envergure ; c’est la raison pour laquelle Mai était initialement un peu plus basse dans la hiérarchie du groupe. Elle aurait à la fois des doutes et des questionnements, mais sans pour autant être celle qui brille le plus. Lorsque Kyōko a eu le rôle, ça nous a donné confiance. On s’est dit qu’elle était tout à fait capable d’assumer un personnage au centre des projecteurs, d’où le fait que nous ayons fait évoluer le placement de Mai, dans la version finale.

Il y a aussi la séquence de procès. Où j’avais écrit tout un long monologue questionnant la relation aux fans, où Mai était censé parler de son expérience d’idol dans la relation avec ses fans. Puis je me suis dit que la seule présence de Kyōko suffisait. J’ai donc supprimé cette longue réplique, car la simple présence physique de Kyōko, une ancienne idol, suffisait à faire passer ce message. Le dialogue aurait été un peu redondant.

À l’image de votre précédent film Love Life, Love on Trial termine sur une fin ouverte où le spectateur n’a pas de façon explicite, de conclusion finale. Pourquoi ce choix scénaristique ?

Il se trouve que lorsque j’avais écrit le scénario, j’avais clairement écrit que Mai gagnait son procès. Mais c’est au moment du tournage que j’ai changé d’avis en décidant de ne pas représenter explicitement cette victoire. La raison est que je ne voulais pas que Love on Trial devienne un film de procès, bien que cela fasse partie intégrante du titre (litt. trial = procès en anglais). Mais l’important pour moi n’est pas le verdict, et je ne voulais pas qu’il y ait d’attente par rapport à celui-ci, car ce n’est pas l’objectif de savoir si Mai a gagné ou perdu.

J’aime tout de même beaucoup les films de procès, qui est un genre très populaire au Japon (pour ne citer que les films de tirés des œuvres de John Grisham, qui sont pour moi la quintessence des films de procès). Mais dans Love on Trial, l’essentiel n’est pas le procès, mais bien le choix de Mai. C’est-à-dire, qu’elle ait le choix de s’émanciper et faire le choix de refuser l’accord amiable qu’on lui propose, pour, à son tour, décider de porter plainte contre son agence…

L’idée du film est vraiment de mettre en avant sa détermination qui nourrit ce combat qu’elle décide de mener seule. C’est ce qui m’a donné envie de flouter en quelque sorte le verdict, de façon à privilégier son combat, et de laisser choix au spectateur de l’issue juridique.

Love on Trial, un film de Kôji Fukada. ©2025 “Love On Trial” Film Partners
Love on Trial, un film de Kôji Fukada. ©2025 “Love On Trial” Film Partners
La priorité de Love on Trial, est avant tout de représenter l’évolution de Mai en tant qu’individu à part entière au final ?

Oui, absolument. Je crois même que la première image du film représente Mai endormie, et ouvrant les yeux et pour se réveiller. C’est vraiment un plan qui symbolise l’histoire de Mai au tout au long film. Petit à petit, elle retrouve un peu de subjectivité, et sa capacité à exercer son pouvoir décisionnel propre. Comme si elle retrouvait son libre arbitre, en quelque sorte.

Quelle œuvre vous a le plus inspiré pour la réalisation et le scénario de Love on Trial ?

Je pense à une œuvre classique : Roméo et Juliette. Car quand j’ai découvert ce fait divers sur cette jeune idol interdite d’aimer, j’ai tout de suite pensé à Roméo et Juliette. Et je me suis dit que ce cas de figure existe encore dans la société contemporaine ; c’en est étonnant, voire presque absurde. Et j’ai pensé que c’est ce qui s’en rapproche le mieux.

En France, nombre de vos films sont sortis sur nos écrans (La Comédie humaine, Fuis-moi je te suis, Love Life…) et ont connu de beaux succès auprès du public français. Avez-vous un mot pour vos spectateurs, ceux qui vous suivent déjà et ceux qui vont vous découvrir à travers Love on Trial ?

Je suis plein de gratitude à l’égard du public français, que je remercie infiniment. Quand je réalise un long-métrage, je ne m’adresse à personne en particulier (c’est-à-dire que je ne prépare pas un film exprès pour le public japonais ou occidental), je me contente de réaliser les histoires que j’ai envie de mettre en scène. Et je crois que la France est le pays qui m’a fait comprendre que mon public ne se trouvait pas qu’au Japon, et que mes films pouvaient être vus partout ailleurs. D’ailleurs, mes films fonctionnent presque mieux en France qu’au Japon, et je ne vous remercierais jamais assez pour cela !

Love on Trial de Kōji Fukada, avec Kyoko Saito, Yuki Kura et Erika Karata, dans les salles françaises le 25 mars 2026 avec Art House Films. Produit par Knockonwood et TOHO Studios.


Propos recueillis le 14 janvier 2026 par Jonathan “Jojo Tout Cour” Guetta, Rémi Vallier et Strangie pour Konata Nekoyama / Studio JM Production. Transcription écrite et corrections par Jonathan “Jojo Tout Cour” Guetta. Remerciements à Viviana Andriani et Aurélie Dard de l’agence Rendez-Vous, à Léa Le Dimna pour son travail d’interprète, et bien sûr à Kōji Fukada pour le temps qu’il nous a accordés. Image de couverture © Mehdi Benkler (via Art House Films).

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