Des avocates en droit du divorce quittent une équipe très majoritairement masculine pour ouvrir leur propre cabinet. Ensemble, elles mettent leur expertise au service des femmes, prêtes à tout pour les aider à remporter la bataille face à leurs ex-maris dans les divorces les plus complexes. Dans un monde où l’argent est roi et où l’amour est un champ de bataille, ces femmes vont changer la donne.
L’aversion de la presse pour la nouvelle série de Ryan Murphy est légitime : après le visionnage en intégralité de cette première saison – et il en faut, du courage, pour en arriver à bout – force est de constater que All’s Fair manque d’une chose essentielle pour toute bonne série qui se respecte : être intéressante. Quand on croit qu’il est impossible de toucher le fond, de faire du vide dans du néant, détrompez-vous ; le nouveau bébé de son créateur est la preuve vivante que nous n’en avons pas fini avec la médiocrité. En dépit d’une fin de saison plus maîtrisée qu’à ses débuts, une question demeure : peut-on condamner des jeunes mariés au divorce dès le premier regard ?

THE BLING RING SOUS LE SOLEIL CALIFORNIEN
La nouvelle série de l’Empirique Murphy prend ses aises dans un microcosme luxueux et clinquant où luttent et paradent des femmes de pouvoir, toutes habillées de haute couture. Chaque épisode est l’occasion de créer un défilé haut de gamme et riche en couleurs, ce qui n’est pas déplaisant mais tend un peu trop parfois vers le ridicule. C’est d’ailleurs un des rares atouts les plus réussis du show : esquisser le portrait de ses héroïnes à travers le monde fastueux et grandiloquent de la mode.
Facilement confondable avec l’univers de Darren Star et Sex And The City, All’s Fair peut largement passer pour un mauvais, très mauvais épisode d’Ally McBeal tant les intrigues sont soporifiques et vides d’intérêt. Les débâcles autour des nombreux cas de divorces présentés, inintéressants au possible et mal exploités, ne sauvent nullement le show d’un ennui abyssal.
La série se targue de réflexions sur le féminisme et l’égalité homme/femme… ou presque. Les faux-discours et les morales bien pensantes, souvent maladroites, ont du mal à passer entre des robes à 50 000 dollars et les injections de botox que s’infligent ces actrices pour rester jeunes et être en adéquation avec une société qui refuse de voir une femme vieillir. Heureusement, la participation de Glenn Close et Naomi Watts viennent rompre l’artificialité béante de ce cadre idyllique où les visages refaits et les décors minimalistes sonnent faux.
Malgré ses effets indésirables, All’s Fair captive sans que l’on sache réellement pourquoi. Est-ce le luxe et l’argent coulant à flots tout au long de ces neuf premiers épisodes qui fascinent ? Ou à l’ascension sociale fulgurante de ces femmes carriéristes à qui tout réussit, démontrant qu’il est tout à fait possible pour elles d’accéder au même statut et pouvoir que leurs homologues masculins ? La réponse est ni l’un ni l’autre, car malgré son air de mauvais soap-opera des années 80, la série ne bénéficie pas d’une grande intelligence conduisant à la réflexion suprême, mais plutôt à nous pousser à se demander ce qui est passé par la tête de Ryan Murphy pour créer un show aussi mauvais.

UN CASTING DE PRESTIGE POUR UNE SÉRIE LOW COST
Du côté de l’histoire et des intrigues, rien ne fonctionne. Aucun fil conducteur ne permet de saisir les véritables enjeux proposés par la série, hormis une guéguerre déclarée entre ces avocates brillantes et une ancienne consœur qui les déteste viscéralement. Les scènes s’enchaînent, vides, tournent souvent ses actrices en ridicule – une scène de lavage de cheveux rappelant Out of Africa est certainement la scène la plus risible de toute l’histoire du petit écran.
On peut alors effectivement se poser la question de savoir ce qui a vraiment motivé ses interprètes à vouloir participer à un tel carnage télévisuel ? En plus de ses guest-stars cinq étoiles (Jennifer Jason Leigh, Judith Light, Brooke Shields, Jessica Simpson ou encore Elizabeth Berkley), rempilant épisode après épisode, la série bénéficie d’un casting féminin prestigieux et charismatique… ou presque.
Ni Glenn Close, ni Naomi Watts ne parviennent cependant à sauver les meubles. En dépit d’une Kim Kardashian convaincante dans le rôle d’Allura, s’évertuant à faire jaillir un personnage dont il est difficile de s’attacher, la seule et véritable star de la série est Sarah Paulson ; son personnage, à la limite de la sociopathie, complexe et incisive, porte à elle seule l’intérêt du public sur ses épaules. Rejetée injustement, la rivalité et son désir de destruction face à ce groupe de femmes à l’amitié indéfectible et solidaire apportent une touche de tension et de drame nécessaire dont la série manque cruellement pour tenir en haleine. Chaque intervention de l’actrice est parsemée de répliques bien cinglantes et cruelles, faisant de Carrington Lane un personnage potentiellement cultissime à la télévision. Mais, encore faut-il bien l’exploiter.

Ce n’est malheureusement qu’à partir de l’épisode 7 que All’s Fair prend conscience de ses difficultés et de ses limites pour retrouver un semblant d’intrigue. Les trois derniers épisodes donnent le ton et un potentiel suffisant pour échapper à la malédiction d’une annulation avec son renouvellement pour une deuxième saison.

Une première saison ennuyeuse et bourrée de clichés, qui (re)trouve cependant un peu d’intérêt dans les trois derniers épisodes. Cette impression d’une série qui se veut féministe et luxueuse n’est qu’un leurre pour camoufler des défauts majeurs dont elle s’enfonce épisode après épisode. Alors quel est l’intérêt de regarder All’s Fair ? Si le divorce avec le spectateur semble inévitable, celui avec son créateur l’est beaucoup moins. Une saison 2 permettra, sans doute, de réparer le mal qui a été fait… ou pas.
TITRE ORIGINAL : All’s Fair
GENRE : Drame, Drame Juridique, Comédie, Comédie noire
NB ÉPISODES ET DURÉE : 9 épisodes de 45 min
PAYS : États-Unis
RÉALISATION : Anthony Hemingway, Uta Briesewitz, Crystle Roberson Dorsey et Ryan Murphy
SCÉNARIO : Jon Robin Baitz, Joe Baken, Ryan Murphy, Lynnie Greene, Richard Levine et Jamie Pachino
AVEC : Kim Kardashian, Naomi Watts, Niecy Nash, Teyana Taylor, Matthew Noszka, Sarah Paulson et Glenn Close
PRODUCTION : Ryan Murphy Productions et 20th Television
DISTRIBUTEUR FR : Hulu sur Disney+
ANNÉE : 2025
Disney/Hulu © All’s Fair






