La personne la plus malheureuse au monde est la seule capable de sauver l’humanité… du bonheur.
La nouvelle création de Vince Gilligan, le papa entre autres de Breaking Bad, opère un retour ambitieux sur AppleTV+ avec un des OVNI télévisuels les plus intéressants de ces dernières années. Frappé d’un virus étrange, le destin de l’humanité est à présent entre les mains d’une seule femme : une romancière désabusée et malheureuse. Avec une maîtrise totale de la narration, le génie de son créateur se révèle aussi recherché qu’efficace. Bienvenue dans le nouveau monde où l’humanité ne fait qu’un.

DU GRAND CINEMA… POUR PETIT ECRAN
Au visionnage du tout premier épisode de Plur1bus, impossible de ne pas penser à l’épisode pilot intense et réussi de Lost de J.J. Abrams et Damon Lindelof : petit écran mais grands moyens. Sans faire dans le spectaculaire ou la surenchère cependant, la nouvelle trouvaille des studios Apple et produit par Sony Pictures Télévision met les petits plats dans les grands en offrant un spectaculaire épisode d’ouverture. À mi-chemin entre la SF et la dystopie post-apocalyptique, la série nous emmène sans ménagement dans un univers où l’humanité disparaît au profit d’une conscience collective démesurée et effrayante.
Sans jamais être loin du désert et de son soleil écrasant, si chers à son créateur, chaque nouvel épisode se montre digne d’une mise en scène et d’un récit pleinement maîtrisé. L’épisode 3, « La grenade », en est d’ailleurs le parfait exemple pour comprendre l’enjeu réel de ce qui se joue sous nos yeux.
Parsemé de détails infinis, c’est une série qui prend le temps de distiller son suspens et ses intrigues, à la fois complexe et philosophique, ainsi que dosée a minima pour gérer une tension et une solitude de plus en plus omniprésentes pour son héroïne des temps moderne, Carol Sturka, interprétée par l’intelligente Rhea Seehorn (Better Call Saul). Cette mauvaise guide de l’humanité fait preuve d’une rare lucidité sur ce monde devenu fou, voulant absolument retrouver la vie d’avant ; un rôle de mauvaise foi auprès des rares rescapés qui, comme elle, n’ont pas été contaminés par ce virus du bonheur collectif.

L’UNION FAIT LA FORCE, MAIS A QUEL PRIX ?
Mais d’où vient ce mystérieux virus inconnu rendant consciente l’humanité toute entière – ou presque – d’une intelligence collective et unie en un pour le bien de tous ? Un signe extraterrestre ? Ou alors une expérience qui a mal tourné, comme le suggère le premier épisode ? Si le show puise quelques similitudes scénaristiques et de réalisation avec Contact ou Seul au monde, de Robert Zemeckis, elle prend un tournant philosophique plus intense car elle ne cesse d’interroger sur la capacité de l’être humain à rester en paix au profit d’un esclavagisme intellectuelle et d’une (in)conscience collective largement discutable.
La question du libre-arbitre se pose bien évidemment tout au long de ces neufs épisodes qui parcourent la nouvelle existence chaotique de Carol, seule au monde face à l’union inébranlable de la nouvelle ligue humaine. Son personnage erre dans la pleine conscience de ces êtres humains clairvoyants à leurs propres erreurs passées, mais ayant perdu toute capacité à réfléchir par eux-mêmes, au détriment d’une humanité qui se veut humblement pacifiste mais désireux de faire rejoindre les chaînons manquants à leur soi-disant bonheur suprême.
A contrario, le personnage taciturne et mystérieux de Manousos (joué par Carlos-Manuel Vasga) fait peser la balance en démontrant avec une beauté relative la capacité de l’être humain à se dépasser, sans faire d’appel à l’aide, pour déployer ses ailes et réussir à s’extraire d’un noyau mondial compromis. Cette rencontre, qui devient inévitable entre lui et Carol, devient le point d’entrée de nouveaux enjeux passionnants pour la prochaine saison annoncée.

Ambitieuse et réussie, Plur1bus se montre à la hauteur des espérances les plus folles de tout sériephile aimant les très bonnes histoires qui se racontent à la télévision. Intelligente, drôle et émouvante, elle pose des questions fondamentales sur le monde, l’être humain et sa capacité à réfléchir et à agir face à une telle invasion – ou menace. Par la virtuosité de sa narration et de sa mise en scène parfaite, la création de Vince Gilligan prouve que l’avenir des séries télévisées n’est pas menacé mais, bien au contraire, capable de se renouveler.
TITRE ORIGINAL : Plur1bus
GENRE : Comédie noire, Drame psychologique, Science-fiction dystopique, Drame, Science-fiction
NB ÉPISODES & DURÉE : 9 épisodes de 50 min
PAYS : États-Unis
RÉALISATION : Gordon Smith, Vince Gilligan, Adam Bernstein, Melissa Bernstein, Zetna Fuentes et Gandja Monteiro
SCÉNARIO : Vince Gilligan, Vera Blasi, Ariel Levine, Jonny Gomez, Gordon Smith, Alison Tatlock et Jenn Carroll
AVEC : Rhea Seehorn, Karolina Wydra, Carlos-Manuel
PRODUCTION : High Bridge Productions et Sony Pictures Television
DISTRIBUTEUR FR : Apple TV+
ANNÉE : 2025
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