Mabel, une adolescente passionnée par les animaux, saute (littéralement !) sur l’occasion d’essayer une nouvelle technologie révolutionnaire permettant de communiquer avec eux d’une manière totalement inédite… en se glissant dans la peau d’une adorable femelle castor. Conçu par des scientifiques visionnaires, ce dispositif permet de transférer la conscience humaine dans le corps de robots-animaux plus vrais que nature. Mabel se lance alors dans une aventure unique et riche en découvertes au cœur du règne animal.
Après quelques échecs commerciaux cuisants, tels que Elio (2025) ou encore En avant (2020), et quelques succès plus ou moins mitigés, Disney et Pixar s’allient à nouveau ensemble pour créer l’un des projets les plus intrigants et originaux de ces dix dernières années : JUMPERS.
Fable écologiste sur l’importance de préserver l’éco-système de nos chers amis les bêtes – et le nôtre, paradoxalement -, le film animé revient enfin à ses bases élémentaires qui furent ses plus grands chefs d’œuvres : une bonne histoire, un humour bien trouvé, beaucoup d’émotion et, surtout, de nombreuses thématiques, des messages fort en sous-textes qui n’ont pas peur d’effrayer leur audimat – ou de froisser ceux qui croient encore au monde des bisounours.

UNE HISTOIRE DE TRANSMISSIONS ET DE CROIRE EN SES IDEAUX
Une tortue enfermée dans le terrarium d’une école, manipulée et touchée sans délicatesse par les enfants, se retrouve la carapace à l’envers, paniquée et démunie face à l’inconscience collective des êtres humains. En seulement quelques secondes d’introduction, le message du nouveau long-métrage de Disney/Pixar est clair : nous sommes parfaitement incapables, et insouciants, de prendre soin des créatures fragiles et innocentes qui peuplent notre monde.
Ce constat est de courte durée ; le personnage de Mabel fait enfin son apparition. Cette gamine pleine d’énergie et d’audace revendique un amour inconditionnel des animaux en entamant un périlleux sauvetage : kidnapper toutes les bêtes de l’école qui sont enfermées jour et nuit dans des boites en plastiques sans vie, loin de leur liberté naturelle. Malgré toute sa bonne volonté, tout ne se passe pas comme prévu. Malheureuse comme les pierres, incomprise et soumise aux règles des grandes personnes qui ne comprennent rien, elle se tourne vers sa grand-mère, seul membre de sa famille qui semble la comprendre plus que quiconque.
Avec la douceur et sagesse acquisse des anciens, cette mamie que l’on connaît tous parvient à apaiser sans mal le cœur survolté et passionné de cette petite-fille aux combats un peu trop grands pour elle. Face au lac de sa grand-mère qui déborde de vies inconnues et mystérieuses, Mabel s’apaise, retrouve son chemin, commence à intégrer et à comprendre les paroles pleines de bienveillance et d’amour de cette femme vieillissante qui, comme elle, partage cet amour indéfectible pour cette beauté surnaturelle et invisible qui habite ces lieux.
Le lac devient alors le deuxième personnage important de cette histoire. Un véritable lieu de retrouvailles et d’apaisement pour ces deux générations aux cœurs endoloris qui viennent se réparer au simple contact de cette nature si proche et perceptible, pour peu que l’on s’y attarde avec une attention toute particulière.

À présent, devenue jeune étudiante à l’université, Mabel agis dans l’invisibilité, et l’exaspération de ses pairs, pour préserver tous les environnements possibles et inimaginables ou vivent les animaux, malheureusement exploités en long et en large par l’antipathique et ambitieux maire de la ville, Jerry Generazzo. Meilleurs ennemis, ils ne peuvent s’empêcher de crier l’un sur l’autre sans s’écouter. En outre, son dernier projet de créer une rocade passant pile au-dessus de l’ancien lac de sa grand-mère réveille en Mabel une détermination sans faille à combattre ce nouveau projet démesuré crée par un seul homme, ralliant des milliers d’autres, avec la construction d’une simple route bétonnée permettant de faciliter le confort de quelques minutes de chacun.
Comment faire quand tout le monde refuse de vous écouter ? Qu’on se retrouve seul et sans allié ? Que la vérité nous apparaît à nous alors qu’elle refuse de se révéler aux autres ?
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Les paroles de sa défunte grand-mère ne cessent de la tourmenter. Persévérance. Continuer le combat, croire en soi, ne pas abandonner. Le mélange parfait entre Pocahontas et Greta Thunberg – en moins radical cependant – amène cette nouvelle héroïne de Disney à faire l’impensable lorsqu’elle découvre par hasard une invention révolutionnaire lui permettant de transposer son corps dans celui d’un castor robotisé.
Créé dans un laboratoire secret et régis par deux de ses professeures, Mabel n’hésite pas une seule seconde et, sans réfléchir, s’embarque dans une mission de la plus haute importance : si elle ne peut pas rallier les humains, elle ralliera forcément les animaux. Après tout, ce sont eux qui sont les premiers touchés par cette histoire. Mais la vérité diffère toujours de ce que l’on croit savoir.

LE MONDE DES ANIMAUX : MIROIR DE NOTRE SOCIETE
Bercée par l’illusion surprenante de fusionner son esprit dans le corps d’un castor artificiel, Mabel espère ou croit invariablement que sa nouvelle condition lui permettra sans complications de rallié le peuple animal à sa cause et de défendre ainsi leur territoire. En effet, cette technologie poussive qui dépasse toutes les espérances permet sans difficultés de se fondre dans la masse et de comprendre le langage animalier instantanément avec une facilité déconcertante.
Mais la réalité est tout autre : après un quart d’heure de découverte et de folie, Mabel fait le constat horrifiant que les animaux se comportent de la même manière que les humains. Entre rejet de la réalité et surpopulation des terres, où la lois du plus fort prime sur le besoin de se nourrir, les animaux se retrouvent eux aussi confrontés au même problème que les humains.
Avec à sa tête, en chef de meute, un castor à la petite couronne d’or, imperturbable et nonchalant, aucune de ces espèces qui co-habitent en parfaite harmonie ne semblent nullement concernées le moins du monde par ce qui se passe dans leur environnement naturel, préférant accepter leur condition, se refusant le droit de combattre ou de réagir par un manque de conscience aussi bien individuel que collectif.

Pourtant, résolu à faire de son engagement une généralité, ou une noble cause perdue d’avance, Mabel arrive avec persuasion et détermination à rallier toute une assemblée de bêtes face à la nouvelle construction de ce maire sans scrupules menaçant à nouveau leur territoire, pour le meilleur comme pour le pire.
Sans réellement politiser son propos, Disney parvient aisément à démontrer le mythe de grandes personnes aux forts idéaux parvenant avec acharnement à rassembler les autres dans leurs ambitions – ou de leurs folies, si l’on se base du côté des méchants. Bon gré, mal gré, cette alliance créer une véritable émeute d’animaux enragés et prêt à détruire les humains de leur énième bêtise.
QUAND AVATAR RENCONTRE LES OISEAUX D’HITCHCOCK ET… SHARKNADO
JUMPERS n’est pas le meilleur Disney/Pixar en termes de technique numérique, loin de là. Sans être d’une prouesse visuelle folle, ou celui du renouveau tant attendu de l’animation (mais peut-on encore attendre une révolution à ce stade ?), le long-métrage animé de Daniel Chong parvient à donner une véritable identité à son œuvre avec des thématiques fortes et un humour grinçant, celui de notre enfance dans les années 90 où l’on pouvait tout dire sans s’auto-censurer. Car oui, certaines scènes n’hésitent pas à pousser le curseur beaucoup plus loin pour être… mordant.
Ceci étant, le long-métrage animé est fort de proposition avec de véritables références cinématographiques (Avatar, pour commencer) et de saga plus nanardesques (Oui, oui, il y a une vraie référence à la saga Sharknado dans ce film !) D’autres font étonnement penser à l’univers d’Hitchcock.
En plus d’être drôle, les personnages bénéficient d’une profondeur plus travaillée avec des dialogues et des situations inédites et burlesques. Mabel est probablement l’un des personnages rejoignant l’univers Disney la plus intéressante et la plus complexe depuis cette dernière décennie, à la fois héroïne et antipathique, humaine et animale. Les animaux de la forêt prennent réellement vie et sont présentés avec une humanité tout aussi proche que la nôtre.

Si la mécanique du tire-larmes facile et de la nostalgie propre à la perte d’un être cher se voit répété ici, elle fonctionne toujours et sans revenir sans cesse au cœur du propos – même si on tendrait à croire que ça l’est.
Plein d’espoirs et d’humanité, le film met en paradoxe deux univers totalement opposés entre le monde des humains et le monde animal, mais qui pourtant sont liés d’une façon ou d’une autre. Sans être une conclusion parfaite, il met en lumière la complexité des humains à vouloir gagner en confort de vie tout en voulant avoir bonne conscience de préserver la planète.
Le courage et les idéaux de Mabel sont des exemples, parmi tant d’autres, méritant plus d’attention, d’indulgence et de nuance, ce que l’on manque cruellement aujourd’hui. Son combat sera peut-être bientôt le nôtre, qu’on le veuille ou non, et il est important de faire face à nos propres extrêmes, de nos illusions à croire que nous ne sommes pas entièrement responsables, à notre échelle, du tort causé chaque jour à notre belle planète.

Sans être révolutionnaire sur le plan de l’animation, JUMPERS reste une excellente surprise et un très bon film produit par les studios Disney/Pixar – qui semblent enfin retrouver le chemin de la raison. Drôle, touchant et percutant, le long-métrage animé de Daniel Chong est capable de rassembler petit et grand pour un road trip en pleine forêt, redéfinissant la capacité de l’être humain à faire barrage contre l’injustice d’un monde de plus en plus insensible aux maux de la planète. La poésie Disney, si chère à son univers, rappelle que notre plus grande force reste encore notre empathie, seule qualité à pouvoir réellement nous sauver de ce que nous sommes en train de façonner pour l’avenir de demain.
TITRE ORIGINAL : Hoppers
GENRE : Aventure, Comédie, Famille, Science-Fiction
TECHNIQUE : Animation 3D
DURÉE : 1 h 45 min
PAYS : États-Unis
DATE DE SORTIE FR : 4 mars 2026
RÉALISATION : Daniel Chong
SCÉNARIO : Jesse Andrews, d’après une histoire de Daniel Chong et Jesse Andrews
AVEC LES VOIX FR DE : Mallory Wanecque, Artus, Melia Bedia, Frédérique Tirmont, Alison Wheeler, Jean-Christophe Dollé
AVEC LES VOIX EN V.O. : Piper Curda, Bobby Moynihan, Jon Hamm, Kathy Najimy, Dave Franco, Eduardo Franco, Aparna Nancherla
PRODUCTION : Pixar Animation Studios
DISTRIBUTEUR FR : Disney
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