Love on Trial : Quand aimer devient un délit

Jeune idole de la pop en pleine ascension, Mai commet l’irréparable : tomber amoureuse, malgré l’interdiction formelle inscrite dans son contrat. Lorsque sa relation éclate au grand jour, Mai se retrouve traînée par sa propre agence devant la justice. Confrontés à une machine implacable, les deux amants décident de se battre pour défendre leur droit le plus universel : celui d’aimer.


« Parasocial ». Tel est le mot de l’année 2025 choisi par le dictionnaire Cambridge. Le film Love on Trial, dernier film de Kôji Fukada à sortir dans nos contrées, arrive donc à point nommé. Le public oublie souvent que les artistes qu’ils admirent sont des êtres humains avec leur propre vie.

Cependant, les relations parasociales sont (souvent) aussi encouragées par une part de l’industrie du divertissement, en particulier dans le milieu des idols et ce, bien entendu, à des fins financières. Cela se traduit par des clauses contractuelles qui sont très restrictives en ce qui concerne la vie privée. La présence même d’une clause interdisant les relations amoureuses/sexuelles avec le sexe opposé ferait hurler beaucoup de juristes. Pourtant, il s’agit malheureusement d’une réalité…


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Après son précédent long-métrage, Love Life où était traitée de façon dure, mais humaine, l’acceptation du deuil et de la solitude, le cinéaste japonais nous revient avec un film puissant au sujet délicat. Il s’agit du combat d’une idol pour sa vie « privée », pour ainsi retrouver son droit fondamental : celui d’aimer, dans une industrie du divertissement qui le lui interdit.

Love on Trial, un film de Kôji Fukada
Love on Trial, un film de Kôji Fukada.

L’AMOUR RANGÉ AU BACKSTAGE

Le film nous invite à suivre non sans une certaine intimité la relation naissante entre Mai et Kei. Elle, est une jeune idol du groupe Happy Fanfare, qui connaît une ascension absolument fulgurante dans l’archipel. Lui, est un simple artiste de rue ambulant, vivant au jour le jour. Bien que leurs mondes respectifs soient radicalement séparés, c’est le coup de foudre.

Lorsque la relation d’une des filles du groupe se retrouve publiée sur Internet au travers d’une story Instagram, tout bascule. Le scandale éclate dans la communauté des fans, outrés de découvrir leur « précieuse » Saya en couple avec un autre… C’est ainsi toute l’agence musicale qui se retrouve en état d’urgence. Par exemple, la participation du groupe au mythique Tokyo Idol Awards s’en retrouve compromise, pour une simple relation de couple… Une situation quasi-inacceptable pour Mai, qui voit son amie sacrifier sa relation pour un succès temporaire. Elle décide donc, du jour au lendemain, de tout quitter, au détriment du succès et de la gloire d’idole, pour vivre sa vie avec Kei, l’homme qu’elle aime.

Hélas, la vie n’est pas si simple. Par cette action, la jeune femme et son homme se retrouvent au cœur d’un procès contre son agence, qui l’accuse d’avoir rompu la clause sur l’interdiction des relations amoureuses avec une personne du sexe opposé. Une clause qu’elle a acceptée lors de la signature de son contrat, alors qu’elle était encore mineure. Nous pourrions croire à un cas exceptionnel, mais dans le monde des idoles où la relation parasociale fan/idol est le cœur financier de cette industrie, ce genre de clause est encore aujourd’hui une formalité dans la plupart des maisons d’idoles.

LA TRISTE MÉLODIE DES RELATIONS PARASOCIALES

Avec Love on Trial, Kôji Fukada exprime le souhait de s’adresser en priorité au public fan d’idols. Lorsqu’on regarde le film avec cette information en tête, certains choix semblent plus que pertinents. Par exemple, la mise en scène s’intéresse quasi-exclusivement au point de vue des idoles et nous ne suivons pas de fans. En effet, le parti-pris du réalisateur se traduit à la fois dans ses choix de cadrages. Comme les nombreux plans rapprochés sur Mai lors de scènes où l’on pourrait traditionnellement s’attendre à du champ-contre-champ. Ces choix permettent de mettre en valeur les émotions de notre protagoniste et, de fait, son humanité.

Néanmoins, le propos du film semble (selon nous) nuancé en ce qui concerne le monde du divertissement et le rapport fan/idol.

Love on Trial, un film de Kôji Fukada
Love on Trial, un film de Kôji Fukada.

Alors, en effet, certaines scènes montrant les relations parasociales de fans mettent très mal à l’aise. Nous sommes, d’un côté, confrontés à des fans qui s’imaginent vraiment proches personnellement de leur artiste préférée. De l’autre côté, nous sommes confrontés à des jeunes femmes qui, pour préserver leur carrière, entretiennent cette « fantaisie » de fans. Et pour cause : il s’agit d’une stratégie délibérée de leur agence artistique. Ici, l’idole n’est pas une humaine, mais un produit à vendre.

Cela étant dit, à chacun de ces éléments, des contre-exemples apportent justement la nuance évoquée plus haut. Pour chaque fan agressif car « trahi » par une artiste qui a une vie privée, d’autres fans interviennent pour protéger l’artiste en question. Pour chaque commentaire assassin, une légion de fans envoie du soutien à une artiste qui se bat pour le droit d’avoir une vie amoureuse. Pour une artiste qui se résigne à mettre une croix sur une belle relation pour percer dans le milieu, une autre sacrifie sa carrière afin de bousculer tout un système.

Nous avons tous entendu parler d’une histoire liée aux relations parasociales et/ou à des artistes contraint-e-s de s’excuser d’avoir eu une relation amoureuse. On peut citer pour exemple la triste affaire autour de Minami Minegishi en 2013. Cependant, il ne s’agit pas d’un problème spécifique au Japon. Ainsi, on espère que le film va susciter une prise de conscience auprès du public auquel M. Fukada souhaite s’adresser en priorité.


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UNE HÉROÏNE COURAGEUSE ET MODERNE QUI ÉLÈVE SA VOIX

La question de la place de la femme au Japon demeure encore très traditionnelle et sous bien des aspects. Cependant, depuis l’ère #METOO, les voix féminines s’élèvent. Cette ère laisse place à la parole pour toutes celles qui, jusqu’à présent, ne pouvaient parler en leur nom. Avec le personnage de Mai, Kôji Fukada sublime le portrait de ces femmes courageuses et inspirantes qui n’ont pas peur de se battre pour obtenir justice face à un monde dominé par les Hommes.

À travers Mai, ou encore dernièrement Shiori Itō et le glaçant Black Box Diaries, c’est toute une nouvelle génération de femmes japonaise qui décident de s’unir pour faire entendre leurs voix, leurs histoires, leurs combats. Comment ne pas être touché en plein cœur par le déterminisme de ces femmes qui perdent tout face à l’incompréhension d’un pays et d’une société qui les rejettent volontairement par devoir et obligation ?

Avec sa belle mise en scène digne des plus grands maîtres japonais, entre autre Kore-Eda Hirokazu ou Ryusuke Hamaguchi, Kôji Fukada sublime son héroïne en lui laissant tout l’espace nécessaire pour étendre son talent. Kyoko Saito, elle-même ancienne idole du groupe Hinatazaka46, joue de manière symbolique et donne une énergie singulière à son personnage si combatif et déterminé dans sa quête que sa performance notable crève l’écran.

Love on Trial, un film de Kôji Fukada
Love on Trial, un film de Kôji Fukada.

UNE RÉALISATION EN DEUX TEMPS

Le film aborde de nombreux thèmes universels. On peut citer les dérives néfastes de la célébrité et du métier d’idole, la prise de conscience et d’indépendance, du combat difficile à reconnaître son droit d’existence face à une industrie qui engendre des millions et vous accable de ses règles sordides pour maintenir dans ses filets d’argent.

La réalisation bascule entre le moment de la rencontre amoureuse entre Mai et Kei et la décision de Mai de quitter son groupe pour vivre pleinement son histoire d’amour. En deuxième partie, le film procès commence, mais ne s’étale pas sur de longues et lourdes séquences face caméra, qui devient beaucoup moins virtuose et plus axé sur les difficultés et l’austérité rencontrées.

L’ambiance scintillante et colorée au début du film laisse place à des effets de caméra plus fixe et austère dans sa deuxième partie. Le réalisateur privilégie forcément l’authenticité et le naturel et critique les faux-semblants d’une société japonaise avec une justesse remarquable.

Après Love on Trial, Kôji Fukada revient sur les sujets sensibles et caractéristiques de son pays en décortiquant avec nuance et une remarquable justesse l’univers des idoles et du combat à mener lorsque l’on préfère choisir sa liberté et son indépendance à la soumission et aux désirs des autres. Mai, la grande héroïne du film, fait preuve d’une grande lucidité et fait preuve d’un immense courage face à l’adversité. Alors, pourquoi en tant qu’idole aimer est un délit ? Pourquoi cette pratique d’interdire le seul sentiment au monde le plus pur se manifeste encore ? C’est la grande question, à laquelle le réalisateur, comme à son habitude, préfère laisser aux autres la liberté d’y répondre…

TITRE ORIGINAL : 恋愛裁判 (Renai Saiban)
GENRE : Drame, Musical, Romance
DURÉE : 123 min
PAYS : Japon
DATE DE SORTIE FR : 25 mars 2026
RÉALISATION : Kôji Fukada
SCÉNARIO : Kôji Fukada et Shintaro Mitani
AVEC : Erika Karata, Kyoko Saito et Yuki Kura
PRODUCTION : Knockonwood et TOHO Studios
DISTRIBUTEUR FR : Art House Films
©2025 “Love On Trial” Film Partners


Cette critique a été rédigée par Jojo Tout Cour, Rémi Vallier et Strangie

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