Felice, treize ans, porte sur ses épaules les espoirs de son père. Après des années d'entraînement intensif et de discipline stricte, l'heure est venue pour lui de participer aux tournois nationaux de tennis, et pour maximiser ses chances, son père le confie à un soi-disant ancien champion qui se vante d’avoir atteint des sommets en compétition nationale. De match en match, le duo entame un voyage le long de la côte italienne qui, entre défaites, mensonges et rencontres insolites, amènera Felice à goûter à la liberté et son coach d'entrevoir la possibilité d’un nouveau départ...
Après Dernière Nuit à Milan (2023), le cinéaste Andrea Di Stefano s’arme de raquette, de balles de tennis et d’une audacieuse quête de liberté dans une Italie au cœur des années 80, dans sa jeuesse même, avec Il Maestro. Portée par un duo Pierfrancesco Favino / Tiziano Menichelli absolument bouleversant, Il Maestro est une pure pépite qui célèbre ces mentors imparfaits, marqués par des passés douloureux.
Véritable coup de cœur, retour sur un long-métrage brillant par son authenticité et sa sincérité, porté par une réalisation à la fois lumineuse et coloré, non sans une certaine touche d’humour et de mélancolie.
Balle de match pour la liberté
Andrea Di Stefano nous entraîne (littéralement) en plein cœur de l’Italie des années 80. Nous suivons ainsi le jeune Felice (Tiziano Menichelli), autoproclamé futur prodige du tennis par son père, qui fixe en lui tous les espoirs et sacrifice de la famille. Après ses multiples victoires en régionales, forgées par une stratégie presque robotique établie par son paternel au fil des années, le moment est venue pour le jeune homme de passer à l’étape supérieure : les compétitions nationales.
Mais pour se faire… Il faut bien plus qu’un papa entraîneur du dimanche. C’est ainsi qu’espoirs et économies de la famille passent entre les mains d’un certain Raul Gatti (Pierfrancesco Favino), un soi-disant ancien champion qui se vante d’avoir atteint des sommets en compétition nationale. Sa mission ? Faire le tour de la côte italienne en compagnie du jeune Felice, afin de remporter points et tournois. Mais hélas, Felice perd inexorablement chaque match, et Raul se révèle être un bien piètre entraîneur…

Au fil du récit, nous suivons un duo que presque tout oppose. L’un timide par nature, est calibré pour être focus sur ses objectifs de championnats, lorsque l’autre est une sorte d’électron libre ou le classique charmeur italien, aimant à belles femmes. Mais derrière ce qui démarre comme une comédie base sur deux contraires, Il Maestro assombrit peu à peu son propos avec brio et délicatesse, révélant les rouages internes de ces deux êtres coincés et torturés dans des règles qui les tuent à petit feu.
Un duo émouvant, drôle et puissant
Plus qu’un film sur le tennis, Il Maestro se révèle être un véritable un road-trip puissant, émouvant et mélancolique mettant en scène deux antihéros s’aidant mutuellement. Quand l’un est coincé, malgré lui dans des règles absurdes qui l’empêchent d’avancer dans son objectif, le second, lui, est plongé dans une dépression nourrie par les démons de son passé tumultueux et douloureux, où seules pilules et sourires de façades arrivent, non sans mal, à ne pas lui faire perdre la raison… Si ce n’est pas l’envie de vivre.


Du rire aux larmes, Andrea Di Stefano arrive à nous tenir en haleine tout du long de ce récit intense aussi rythmé qu’un échange de tennis ; entre liberté et nouveau départ, mettant presque ce sport de raquette au statut de subtil prétexte pour donner naissance à un drame humain où pression familiale, violentes défaites du passés chargent nos anti-héros d’une étouffante charge mentale. Une pression représentée par le personnage du père de Felice, mettant chaque jour la pression à nos deux protagonistes, les forçant à remporter les matchs en utilisant sa stratégie obsessionnelle mise en place au fil des années ; mais à qui il faut savoir mentir pour calmer l’affaire… Mais pour combien de temps avant l’explosion ?
Outre sa réalisation réussie, la force de ce long-métrage réside irrémédiablement dans l’essence de cet attachant duo de marginaux Felice/Raul, d’une puissance narrative et émotionnelle qui nous rappellera sans mal le duo Angus Tully et Paul Hunham de Winter Break (2023) d’Alexander Payne. Au fil du récit, bien, nous assistons à l’évolution de leur relation qui vas bien plus que le simple coach/poulin, où nous pouvons presque y voir entre eux, une relation paternelle portée par une douce sensation de liberté façon école buissonnière, et de mélancolie.
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Une réalisation créative, riche et lumineuse
Côté réalisation, Andrea Di Stefano performe à travers une réalisation nickel. On y retrouve une belle direction artistique colorée et fidèle à l’esthétique des films des années 80, le tout, porté par des séquences particulièrement créatives, audacieuses et bourrées de bonnes idées de mises en scène, visibles notamment lors des séquences de matchs, de road-trip ou d’introspections entre nos deux protagonistes et leurs diverses rencontres insolites aux quatre coins de l’Italie.
La mise en scène n’est pas en reste. Le duo Pierfrancesco Favino (Raul Gatti, entraîneur fragile et instable, caché derrière une confiance de facade) et Tiziano Menichelli (Felice, jeune adolescent réservé et bloqué dans une discipline rigide) fonctionnent à merveille et éblouissent l’écran grâce à leur complicité et le dynamisme de leurs échanges aussi drôle qu’émouvant. Le tout accompagné par une bande-son riche, entre morceaux originaux de Bartosz Szpak et des musiques de répertoire, exploitant la richesse de l’univers musical italien, tel que Sereno è de Drupi (1974) ou encore Meglio libera de Loredana Bertè (1976).


Bien plus qu’un simple film de tennis, Andrea Di Stefano signe avec Il Maestro, un véritable road-trip au cœur d’une Italie des années 80, à base de drame humain sur la pression familiale et les démons du passé pour nourrir une audacieuse quête de liberté, à la fois riche et tendre, porté par un duo Pierfrancesco Favino / Tiziano Menichelli sensible et absolument bouleversant.
TITRE ORIGINAL : Il Maestro
GENRE : Drame
TECHNIQUE : Prise de vues réelles
DURÉE : 2h05
PAYS : Italie
DATE DE SORTIE FR : 11 mars 2026
RÉALISATION : Andrea Di Stefano
SCÉNARIO : Andrea Di Stefano
AVEC : Pierfrancesco Favino, Tiziano Menichelli et Giovanni Ludeno
PRODUCTION : Indiana Production, Indigo Film, Vision Distribution et Memo Film
DISTRIBUTEUR FR : Universal Pictures







