The Mastermind : quand l’important, n’est pas la destination, mais le voyage en lui-même

Massachussetts, 1970. Père de famille en quête d’un nouveau souffle, Mooney décide de se reconvertir dans le trafic d’œuvres d’art. Avec deux complices, il s’introduit dans un musée et dérobe des tableaux. Mais la réalité le rattrape : écouler les œuvres s’avère compliqué. Traqué, Mooney entame alors une cavale sans retour.


Après nous avoir charmés avec Michelle Williams et Hong Chau dans l’excellent Showing Up (2022), la cinéaste Kelly Reichardt revisite le film de braquage en compagnie de Josh O’Connor dans The Mastermind.

Bien loin des clichés des grands braqueurs à la Arsène Lupin ou Des Quatre Cavaliers d’Insaisissables, Kelly Reichardt nous plonge au cœur d’un braquage cataclysmique et burlesque, qui va transformer le récit en un film de cavale « post-casse » à l’allure contemplative dans une Amérique des années 70.

Une virée audacieuse et complexe, mais hélas bien trop garnie pour un récit à la finalité plus que frustrante… Mais, comme dirait un certain Robert Louis Stevenson⁣ : « L’important, ce n’est pas la destination, mais le voyage en lui-même », et nul doute que cette citation est peut-être la plus adéquate pour définir ce nouveau long-métrage signé Kelly Reichardt.


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Un film de cavale sans retour

Dès les premières secondes, The Mastermind pose le ton de son univers. Un musée sans histoire dans une ville tout ce qu’il y a de plus calme… Pourtant, non loin de ces tableaux et de ces fragments de vie qui composent chaque cadre de la cinéaste, se cache Mooney (Josh O’Connor), un père de famille qui, avec une finesse sans pareille, exploite sa couverture familiale et son talent de voleur de petites statuettes à travers une mise en scène qui nous tient déjà en haleine.

Mais, parce qu’un casse ne suffit pas pour notre voleur en pleine reconversion, Mooney décide de voir plus grand : subtiliser pas moins de trois cadres, en compagnie de ses deux complices. Et car la réalité finit toujours par rattraper la fiction, rien ne se passe comme prévu pour notre groupe de voleurs amateurs : entre trahisons, témoins et autres imprévus… Kelly Reichardt transforme naturellement son film de braquage discret en un semi-polar nerveux au tempérament quasi-burlesque aux faux airs de Coen et Tarantino.

La casse après le casse

Très vite, les choses se gâtent pour notre antihéros, qui doit faire face aux enquêteurs de la police (devenant ainsi le suspect numéro un) et à un groupe de mafieux prêts à tout pour récupérer lesdits tableaux suite à la trahison de ses ex-complices… Tout en étant désormais recherché dans tout le pays. Le film passe alors du polar au drame familial/film de cavale, tant notre héros se décide à quitter sa famille, à présent brisée, pour partir en cavale dans toute l’Amérique, tel un vagabond sans le sou.

Et c’est peut-être là toute la force de The Mastermind. Kelly Reichardt nous propose un récit hybride qui arrive à passer aisément du film de braquage au film de cavale tout en y ajoutant une touche de burlesque et de drame familial. Le tout sans jamais trahir le charme stylistique qu’on retrouve dans sa filmographie à base de rythme soutenu et de dialogues courts, simples et efficaces portés par des personnages au panache non-négligeable.

Néanmoins, on regrette de The Mastermind un récit qui s’étale un peu en longueur, sans jamais réellement savoir où le film souhaite réellement nous emmener ni où finira la course de Mooney… Car The Mastermind n’a pas vocation à nous emmener à un point précis, mais de vivre non sans une certaine intimité le périple sans but et la descente aux enfers d’un personnage qui avait tout pour lui.

Un film singulier mais non sans défauts

Dès les premières secondes, la patte singulière de la cinéaste se fait ressentir. Que ce soit au niveau des plans contemplatifs représentés par une variété de cadres fixes et de légers travellings dans lesquels chaque personnage et figurant, à la position millimétrée semblent constituer une peinture (cocasse). Mécanique déjà utilisé dans Showing Up, Kelly Reichardt nous permet de situer et de fixer le cadre et l’ambiance globale cet l’univers 70’s à l’image granuleux.

Côté musique, le film est magnifiquement accompagné des morceaux jazzy expérimentaux de Rob Mazurek, qui réussissent à nous plonger davantage dans cet univers vintage et à porter la tension narrative omniprésente dans les 2/3 du film (notamment lors des séquences braquage et de vagabondage de notre protagoniste). Plus qu’à attendre le vinyle !

Outre la beauté des OST et de l’image pelliculaire au contraste saturé, tel un instantané d’époque, The Mastermind se défend tout aussi bien par sa mise en scène aux allures théâtrales. Qu’on apprécie ou non le chemin sans but emprunté par le récit, impossible de ne pas admirer la brillance d’interprétation de Josh O’Connor, dans le rôle de cet antihéros nonchalant et brisé, aux faux airs de gentleman. Mais on regrettera hélas une quasi-invisibilisation du reste du casting (Alana Haim, John Magaro ou encore Gaby Hoffmann) qui se retrouve presque oublié par le scénario. Frustrant.

The Mastermind, un film de Kelly Reichardt avec Josh O'Connor.
The Mastermind, un film de Kelly Reichardt avec Josh O’Connor.

Kelly Reichardt revisite avec The Mastermind, l’art du film de braquage des années 70’s, en y ajoutant les éléments stylistiques qui font le charme de sa filmographie (cadres fixes et contemplatifs et des dialogues simples et efficaces). On se retrouve ainsi devant un film quasi-hybride, jonglant entre le film de braquage, de cavale et drame familial avec une légère touche de comédie. Bien qu’on regrettera un récit un peu en longueur et une fin frustrante, Kelly Reichardt nous offre néanmoins un long-métrage percutant porté par un Josh O’Connor qui nous démontre que l’important, n’est pas la destination, mais le voyage en lui-même.

TITRE ORIGINAL : The Mastermind
GENRE : Drame
TECHNIQUE : Prise de vues réelles
DURÉE : 1h50
PAYS : États-Unis
DATE DE SORTIE FR : 4 février 2026
RÉALISATION : Kelly Reichardt
SCÉNARIO : Kelly Reichardt
AVEC : Josh O’Connor, Alana Haim et John Magaro
PRODUCTION : FilmScience, MUBI et UTA Independent Film Group
DISTRIBUTEUR FR : Condor Distribution
© 2025 Mastermind Movie Inc. All Rights Reserved.

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