Jusqu’à l’aube : Shô Miyake signe un bijou de sensibilité

Misa et Takatoshi ne se connaissent pas encore lorsqu’ils rejoignent une petite entreprise japonaise d’astronomie. En quête d’un nouvel équilibre, ils ont délaissé une carrière toute tracée : elle, en raison d’un syndrome prémenstruel qui bouleverse son quotidien ; lui, à cause de crises de panique aiguës. Peu à peu, ils apprennent à travailler autrement, se rapprochent, s’apprivoisent… et découvrent qu’une présence suffit parfois à éclairer la nuit.


Après nous avoir ébahi en 2023 avec La Beauté du Geste, le cinéaste japonais, Shô Miyake nous revient avec Jusqu’à l’aube. Nouveau long-métrage aussi doux que poétique, et adapté du roman Yoake no Subete (夜明けのすべて) de Maiko Seo, ce film nous conte, avec une sensibilité unique, l’histoire de Misa et Takatoshi, deux êtres vivant avec des pathologies qui bouleversent drastiquement leur quotidien.

Absolument brillant et d’une beauté rare, focus aujourd’hui sur ce long-métrage sincère et bourré d’humanité où l’importance du collectif et du soin de l’autre est au cœur de ce récit porté par une réalisation à la fois délicate et soignée.


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Quand l’humain se retrouve au cœur du récit

À l’image de son précédent film, La Beauté du Geste, qui mettait au premier plan le personnage de Keiko (interprétée avec brio par Yukino Kishii), une boxeuse atteinte de surdité, Shô Miyake a à cœur de mettre en avant ces héros du quotidien atteints de pathologies rarement médiatisées ou mis en avant dans des œuvres de fictions ; et qui, de par leur entourage et leur humanité, arrivent à faire face à la vie et à aller de l’avant.

Avec Jusqu’à l’aube, le cinéaste nous invite à suivre l’histoire de Misa (Mone Kamishiraishi) et Takatoshi (Hokuto Matsumura) ; deux protagonistes que tout oppose. Du moins, presque. Misa souffre d’un syndrome prémenstruel qui bouleverse son quotidien ; quant à Takatoshi, il souffre de crises de panique aiguës. Ainsi, pour aller de l’avant dans leur vie, ils décident chacun à mettre en pause leur carrière d’entreprise pour rejoindre une petite société locale d’astronomie. Un changement radical de cadre et d’atmosphère afin de redonner un sens à leur vie.

Jusqu'à l'aube, un film de Shô Miyake.
Jusqu’à l’aube, un film de Shô Miyake.

Au fil de ce récit doux et délicat, nous suivons le rapprochement de ces deux êtres qui découvrent la pathologie de l’autre. On se laisse porter par la bienveillance globale du film, portée aussi bien par nos deux héros, à la fois sincère et réaliste dans leur écriture, que par leur entourage respectif (collègues, amis, famille…), le tout, avec une beauté et une justesse rare, qui rend précieux chaque échange platonique entre Misa et Takatoshi.

Shô Miyake met en lumière la force du collectif

Bien sûr, ne vous attendez pas à un récit grandiloquent à la dramaturgie démesurée. En effet, le cinéaste adapte le roman éponyme de Maiko Seo avec un profond respect de l’œuvre originale, et concentre davantage son film sur ses personnages et sur la manière dont ils apprennent l’un de l’autre ; entendez ici, comprendre la pathologie de l’autre en s’aidant mutuellement à vivre avec. Et là toute la force du film : la mise en lumière de l’importance du collectif et de l’intention aux autres, notamment dans un pays individualiste comme le Japon, où la solitude touche 45 % des individus de 20 à 40 ans (chiffres de fin 2023, selon le ministère de la solitude du Japon).

Outre ses personnages, non sans défauts, mais attachants, et ses thématiques rarement abordées dans le cinéma japonais, Jusqu’à l’aube nous séduit aussi par son atmosphère et son ambiance à la fois douce, poétique et mélancolique, propre à la cinématographie de Shô Miyake. Et bien que le récit soit construit de quelques séquences à forte intensité dramatique, le film arrive à nous tenir en haleine tout du long et tout en restant réaliste et terre-à-terre dans le traitement de son propos, de ses enjeux et de ses climax, le tout, sans jamais tomber dans le pathos ou dans la démesure.

Shô Miyake signe un bijou

Dès les premières secondes, la patte de Shô Miyake se fait ressentir à travers une réalisation et une mise en scène à la fois douce et authentique. Que ce soit à travers la beauté des cadres, mettant tout aussi bien en avant les personnages que le cadre dans lequel ils évoluent, ou encore le soin apporté à l’atmosphère contemplative et à l’ambiance à la fois douce et mélancolique globale du film, le tout à travers une photographie remplie de grain, accompagnée d’une magnifique bande originale signée Hi’Spec ; renforçant la sensation d’être devant un métrage intemporel, nous coupant du temps durant toute la durée du film.

Outre son récit rempli de justesse, Jusqu’à l’aube, brille aussi par la puissance de sa mise en scène (qui nous avait déjà frappées avec le personnage de Keiko dans La Beauté du Geste, interprétée par l’exceptionnelle Yukino Kishii) ; l’interprétation de Mone Kamishiraishi sur Misa et d’Hokuto Matsumura sur Takatoshi y est sincère et plus que convaincante, et contribue à nous faire attacher à ces héros, qui comme nous, possèdent et mettent en avant leurs pouvoirs un peu trop invisibles de nos jours : la bienveillance, l’intension et la compréhension envers les autres.

Jusqu'à l'aube, un film de Shô Miyake.
Jusqu’à l’aube, un film de Shô Miyake.

Avec Jusqu’à l’aube, le cinéaste Shô Miyake nous offre un film doux et précieux. Porté par un récit délicat et authentique, cette adaptation du roman éponyme de Maiko Seo traite avec brio du syndrome prémenstruel et des troubles paniques à travers les personnages de Misa (Mone Kamishiraishi) et Takatoshi (Hokuto Matsumura), que ce soit dans le monde du travail que dans la vie de tous les jours. Véritable ode à l’importance du collectif et de l’intention aux autres, le tout servit par une réalisation poétique et mélancolique, Shô Miyake signe un long-métrage d’une bienveillance rare, tout en restant réaliste dans le traitement de son propos. Une véritable pépite.

TITRE ORIGINAL : Yoake no subete (夜明けのすべて)
GENRE : Drame
TECHNIQUE : Prise de vues réelles
DURÉE : 1h59
PAYS : Japon
DATE DE SORTIE FR : 14 janvier 2026
RÉALISATION : Shô Miyake
SCÉNARIO : Shō Miyake et Kiyoto Wada
D’APRES L’ŒUVRE ORIGINALE DE : Maiko Seo
AVEC : Hokuto Matsumura et Mone Kamishiraishi
PRODUCTION : HoriPro Inc. et THEFOOL Inc.
DISTRIBUTEUR FR : Art House Films
© 2024 Maiko SEO – “All the Long Nights” Film Partners

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