7 JOURS : Un premier long-métrage honorable de Yûta MURANO.

La veille des vacances d’été, Mamoru découvre que sa voisine Aya, dont il est secrètement amoureux, va déménager.
Il lui propose de fuguer une semaine pour fêter ses 17 ans. Ils se cachent dans une usine désaffectée où ils sont rejoints par leurs amis. Ils découvrent bientôt qu’ils ne sont pas seuls à se cacher là : un jeune réfugié thaïlandais tente d’échapper à la police en attendant de retrouver ses parents. La joyeuse escapade prévue par Mamoru se transforme alors en guerre de 7 jours pour sauver leur protégé.


“On va s’enfuir pendant 7 jours !” Et si vous entamiez une révolution contre les adultes et la société actuelle ? Quelle que soit votre génération, vous auriez forcément répondu “Oui” à l’adolescence. Adaptation du roman éponyme de Osamu SÔDA qui s’est écoulé à plus de 20 millions d’exemplaires avec plus de 40 volumes ; cette adaptation animé de 7 JOURS revisite ce classique de la littérature moderne japonaise en transposant son action à notre époque !

UNE HISTOIRE TOUT SIMPLEMENT BIEN EXPÉDIÉE 🎬

Pour faire tenir 7 JOURS dans un long-métrage de 88 minutes, il faut vite expédier la chose ! Mais il faut le faire vite et bien (mais l’un n’empêche pas l’autre, ça va de soi)Là où 7 JOURS arrive à se démarquer dans son introduction c’est qu’il arrive à vite imposer son élément déclencheur. En l’espace de 15-20 minutes, l’introduction est en place : Aya ne souhaite pas partir à Tokyo avec son père et Mamoru décide de partir avec elle pendant 7 jours le temps de célébrer l’anniversaire d’Aya. Très vite, ce qui devait être une simple escapade amoureuse entre deux jeune, se transforme en un véritable casting, “celui d’Aya” : petit à petit, d’autres camarades que rien de lie d’amitiés souhaitent se joindre à l’aventure de nos deux héros : Kaori, Sôma, Hiroto et Saki. Ça y est ! Nous avons notre histoire et notre problématique sur pied. Nous l’avons compris sans soucis, nous n’avons pas été assommés par une dizaine de personnages d’un coup, juste ce qu’il faut pour nous poser !

Au-delà de l’histoire qui nous intrigue, tout en nous laissant dans le mystère sur où on va (pour ceux n’ayant pas lu le roman d’origine)on appréciera notamment le découpage narratif du film qui se fait en jours ! Tel un récit de guerre (dont Mamoru s’inspire pour mener à bien leur guerre contre les adultes), ce découpage nous permet de nous repérer facilement dans le film et de nous rendre compte de la vitesse de ce nouvel outil de bataille qu’est Internet, qui va permettre à tout le Japon de découvrir leur combat et également de rentrer en contact avec la famille de Marret. Mais digne d’une guerre, un outil aussi incontrôlable peut cacher bien des retours de bâton.

Concernant les personnages, on apprécie la variété de personnalités qui se prêtent au jeu ; là où le long-métrage se permet encore une fois un écart avec le roman. Là où 7 JOURS se démarque également, c’est dans la relation entre les personnages, qui certes, évolue vite, mais bien ! Au début du film, les personnages sont presque muets entre eux, et ne parlent que pour des questions ou des demandes presque formelles, mais c’est en bataillant contre leur ennemi commun pour protéger Marret que les relations vont commencer à évoluer doucement mais sûrement : les relations se lient, les masques tombent, les secrets sont révélés… nos personnages sont forts et soudés. Là où du côté des adultes qui sont sous contraintes ne vivent que de relations de travail (nerfs à vifs, coups dans le dos, pression…etc).

UN ESPRIT DE RÉBELLION UNIVERSEL ✊

Si l’univers de 7 JOURS  est remis au goût du jour d’un point de vue technologique, l’esprit de rébellion de la jeunesse persiste. 

Le film commence par une réplique du père d’Aya qui affirme qu’une personne “respectable” obéit à ses aînés. Une croyance bien ancrée en ce monde, qui est pourtant complètement à côté de la plaque, comme le montre le film. En effet, comme dans la vraie vie, les adultes sont parfois corrompus, mentent, volent, font de mauvais choix, utilisent leurs propres enfants comme des outils pour arriver à leurs fins…etc. En bref, ils ne sont pas infaillibles. Pire encore, ils sont devenus les victimes/pions d’un système entier. En quoi une personne qui obéit à ces adultes est-elle respectable ? Ainsi, si la proposition de Mamoru peut vous sembler “immature”, son projet reste du début à la fin une révolte – aussi brève soit-elle – contre ce système : d’abord contre ce système qui contraint son amie à ne pas pouvoir s’épanouir comme elle l’entend, puis contre un système socio-politique très actuel qui ne fait pas les beaux jours de l’humanité.

Là où nous pouvons noter une nette distinction avec d’autres adaptations est un élément propre à notre époque : les réseaux sociaux. Ici, le film a la présence d’esprit de ne pas complètement diaboliser cet outil, sans pour autant oublier ses dérives. Contrairement à ce que certain.e.s pourraient croire : oui, les réseaux sociaux peuvent être d’une très grande aide. La vitesse et la portée de transmission d’une information peuvent sauver des vies, et permettre à un personnage comme Marret d’avoir l’espoir de retrouver sa famille. Et d’un autre côté, sans vous donner trop de détails sur un moment particulier du film dont nous parlions plus haut, ce qui fait la force d’un réseau social comme Twitter est à double tranchant : il peut aussi détruire des personnes. En somme, ce que la bande d’adolescents apprend est de faire la part des choses. Un outil comme les réseaux sociaux est à utiliser avec modération et discernement.

Nous ne savons pas si le choix de sortir ce film cette année était volontaire, mais son traitement croisé de rébellion contre le système “des adultes”, les réseaux sociaux et l’immigration clandestine est complètement en phase avec l’actualité. Ici, s’il y a effectivement débat entre les personnages, ils ne choisissent pas la solution “simple” de ne pas aider Marret. Ce personnage n’est pas ici pour embêter qui que ce soit mais est simplement à la recherche de sa famille, famille elle-même venue au Japon dans l’espoir d’une vie meilleure, mais malheureusement manipulée par d’autres “adultes”. Ce que certains médias ont tendance à oublier est que ce sont des humains. Ici, le fait qu’un film destiné à la jeunesse montre cette même jeunesse décider, malgré tout ce qu’on peut leur raconter sur l’immigration, d’aider un humain – qui plus est un enfant – parce que c’est ce qui est le plus juste à faire, est admirable.

TECHNIQUEMENT HONORABLE POUR UN PREMIER FILM 👏

Malgré une animation et un chara-design malheureusement simples et qui auraient pû être plus élaborés, ce qui relève d’un des seuls défauts de 7 JOURS – que les plus pointilleux remarquent sans soucis – il s’agit ici d’une première très honorable pour son réalisateur Yûta MURANO (KAKUSHIGOTO, HOW NOT TO SUMMON A DEMON LORD). En effet, MURANO signe ici avec 7 JOURS sa première réalisation pour un long-métrage destiné au cinéma. 

On applaudira cependant l’ambition des nombreuses scènes de bataille (qui nous rappellera sans peine la mise en scène de MAMAN, J’AI ENCORE RATÉ L’AVION ou même NOM DE CODE : KIDS NEXT DOOR) que ce soit dans l’élaboration des pièges/des leurres et bien sûr dans les attaques de nos héros. On aimera également l’une des scènes du début du film, où Mamoru rencontre et libère Marret – une scène de course-poursuite qui se conclut dans un chariot de la mine. Pour conclure, on aimera le rythme qui est là, qui est endiablant, et qui nous offre un bon enchaînement, presque un jeu de ping-pong de cuts entre les antagonistes et les héros.

Pour rester dans l’image ; le plus gros point fort de 7 JOURS est de toute évidence la mine où vont camper Mamoru, Aya et leurs camarades ! La mine est exploitée avec brio. Elle est à la fois complexe et complète, dont chacun (les adultes et les enfants) connaissent chacun de ses rouages : l’ascenseur, les wagons, ou encore les différents accès… Au-delà d’être un simple élément de décor, la mine est un véritable personnage et un champ de bataille utile qui sert parfaitement à la narration du film.

Le dernier point faible de 7 JOURS est malheureusement sa bande-originale (composée par Jun ICHIKAWA) et son sound-design, qui ne sont pas très marquants ; et à l’exception de quelques pistes, ne mettent pas vraiment en avant les séquences et les mésaventures de nos héros comme on l’espère… Cependant les insert-songs composées et interprétées par Sano IBUKI changent la donne. En plus d’être remarquables, les pistes de IBUKI nous transportent dans les moments les plus impactant de ce long-métrage (les amateurs du groupe Radwimps seront ravis du style de Sano IBUKI).

UN CHOIX D’ADAPTATION BIENVENU 👍

Parmi les quelques surprises que nous pouvons citer sans trop en dévoiler, il y a le fait que cette adaptation restitue ce côté universel de la rébellion adolescente à travers le personnage de Hitomi Nakayama, une adulte qui a elle-même mené cette fameuse guerre de 7 jours durant son adolescence. Eh oui, ce film est à la fois une adaptation et une suite du premier tome du roman original, puisque Nakayama en était l’héroïne. Elle était également l’héroïne du premier film live-action adaptant ce roman. 

Avec cette petite surprise bienvenue, le film honore le matériau d’origine et les adaptations précédentes en nous montrant que, peu importe les personnages choisis et peu importe l’époque, il y aura toujours une “guerre de 7 jours” à un moment ou un autre. Néanmoins, ceci est loin d’être la seule surprise du film, que nous vous recommandons donc chaudement de voir en salles dès le 6 octobre ! 


NOTE DE LA RÉDACTION : 3,5/5

Pour une première expérience en réalisation cinéma, Yûta MURANO nous offre avec 7 JOURS, un long-métrage plus qu’honorable ! Une rafraîchissante révolte adolescente, un appel à la liberté dont nous avons tous rêvé ! Adapté d’un roman culte dans l’archipel et subtilement modernisé au goût du jour, 7 JOURS (Bokura no Nanokakan Sensô de son nom original) est à la fois une adaptation et une suite qui a le mérite d’être découverte, et dont le propos mérite réflexion. Nous serions ravis de découvrir le roman original s’il est un jour édité en français, tant ce film a éveillé notre curiosité sur l’œuvre !


TITRE ORIGINAL  : Bokura no Nanokakan Sensou
GENRE : Comédie, School life
TECHNIQUE : Animation
DURÉE : 90 minutes (1h30)
PAYS : Japon
DATE DE SORTIE FR : 6 octobre 2021
RÉALISATION : Yûta MURANO
ŒUVRE ORIGINALE : Osamu SÔDA
PRODUCTION ANIMATION : Ajiado
DISTRIBUTEUR FR : Eurozoom

Par Konata NekoyamaJojo Tout CourStrangie et Numiiix | Correction par Strangie | Mise en page par Jojo Tout Cour

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